Voyage au pays des bords du gouffre

« Tous, d’une même voix, nous ne pûmes à ce moment réprimer un cri à la fois de surprise et d’angoisse : nous venions de toucher aux extrémités du monde et, juste devant nous, à peine à quelques pas, la terre s’arrêtait là, selon le tracé d’une arête inégale et légèrement concave. » Extrait de la nouvelle titre

Avec les quatorze nouvelles qui composent ce recueil, Alain Nadaud donne une fois de plus libre cours à cet imaginaire insolite et inquiétant qui avait déjà fait la force d’Archéologie du zéro et de l’Envers du temps, ses deux précédents romans.

« La nouvelle, c’est la guérilla ; non seulement contre les genres institués et dominants (roman, biographie, mémoires, etc.) qui forcent le nouvelliste à adopter une position de franc-tireur, mais aussi contre soi-même. Car la nouvelle entend réaliser la gageure de se pencher au plus près du bord de ce gouffre d’où l’écriture même sourd et brusquement surgit. Et ce qui lui donne justement sa texture et sa spécificité, c’est que la position est à ce point stratégique et intenable qu’on ne peut s’y accrocher guère plus de quelques pages. Voilà une des raisons essentielles de sa brièveté. » Extrait de la préface

Date

1986

Éditions

Denoël, col. L’Infini, 192 p.

Prix

Prix de la nouvelle du Rotary Club, Paris

Type

Recueil de nouvelles

Catégorie

Littérature, histoire

Babelio - Voyages au pays des bords du gouffre, Alain Nadaud
Gallimard - Voyages au pays des bords du gouffre, Alain Nadaud
Denoël - Voyages au pays des bords du gouffre, Alain Nadaud
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La chasse aux livres - Voyages au pays des bords du gouffre, Alain Nadaud
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La chasse aux livres - Voyages au pays des bords du gouffre, Alain Nadaud

« Le bandeau et la préface annonçaient : « la nouvelle, c’est la guérilla ». C’est-à-dire que, au contraire du roman qui aménage la traque dans la durée, la nouvelle agit par surprise, tente des incursions éclairs pour prendre de court les résistances, déjouer leur vigilance et accéder à cette vérité qui se dérobe.

Plusieurs nouvelles illustrent ce propos : « Le Chant de l’encre », qui constitue sans doute, pour ce qui est de la remontée à la source du texte, l’expérience la plus radicale ; « Voyage au pays des bords du gouffre », qui prend acte des pouvoirs de l’écriture pour imposer à l’esprit du lecteur une expérience limite. Cette fiction, tout entière construite sur l’exploration paradoxale des confins, a pour objectif de faire se dérober le sol sous les pas des voyageurs – et la réalité sous les pas du lecteur -, leur fournissant l’opportunité de contempler, une fois parvenus aux extrémités de la terre, « la pure figure du néant ».

D’autres nouvelles s’appuient sur la prééminence symbolique, absolue, mais aussi déréalisante, et même mortelle du signe écrit : « Le Droit à la virgule », « La Faute », « Exil en Grande-Scripturie », etc.

On s’apercevra aussi que ce recueil a, comme La Tache aveugle, été la matrice de plusieurs romans, par des textes qui en esquissaient par avance les contours : « L’Iconoclaste » pour L’Iconoclaste ou « Le Buisson ardent » pour Le Livre des malédictions. »

Alain Nadaud Architexture

Alain Nadaud

  • Chaque récit est la simplicité même (la complexité aussi !)

    « Pas l’ombre d’une austérité, d’une emphase. Chaque récit est la simplicité même (la complexité aussi !) et parle à notre imagination. Et tant pis ou tant mieux si le lecteur découvre très vite que chaque variation a les mêmes trois petites notes de musique. »
    Michèle Gazier
    Télérama
  • Pour Alain Nadaud le réel est un préjugé arbitraire

    « Pour Alain Nadaud le réel est un préjugé arbitraire, sa seule réalité réside dans le monde latent de l’imaginaire. (…) Voyage au pays des bords du gouffre repose sur cette dimension essentielle de l’écriture d’Alain Nadaud : le paradoxe, véritable moteur intellectuel de la philosophie. (…).

    Avec ce « Voyage », Alain Nadaud augmente la « bibliothèque de Babel » de quelques manuscrits arrachés à l’incendie de celle d’Alexandrie et, s’instituant « doxographe » de l’imaginaire, contribue à recomposer quelques lambeaux de l’envers du monde. »
    Jean-Didier Wagneur
    Libération
  • En quatorze énigmes, il bâtit un étonnant roman noir de l’écriture

    « Presque tous les personnages de ces nouvelles, de siècle en siècle, de continent en continent, ont une même obsession : écrire. Contractée, tenue dans la brièveté de la nouvelle, l’imagination d’Alain Nadaud est encore plus inquiétante que sur la longue distance romanesque. En quatorze énigmes, il bâtit un étonnant roman noir de l’écriture. »
    Josyane Savigneau
    Le Monde
  • La relève s’annonce bel et bien

    « Bref, un livre qui confirme la vitalité des moins de quarante ans. La relève, sur laquelle il est parfois de bon ton de soupirer, s’annonce bel et bien. »
    J.-M. de Montremy
    La Croix
  • Nadaud y apporte de la conviction, de l’originalité, de la force

    « Un recueil de Dorémieux, Promenades au bord du gouffre, porte presque ce même titre ; et, si l’on passe à la collection « L’infini », qui remplace ici « Présence du futur », il serait tentant de faire des comparaisons, surtout que Nadaud est, comme notre ancien rédacteur en chef, un amoureux de l’écriture… Quelqu’un aussi qui aime rien tant que les références, les revisitations de thèmes, encore qu’on puisse se demander si elles sont toutes volontaires. Nadaud sait-il que l’histoire de la Terre réellement plate de la nouvelle qui donne son titre au recueil a déjà été traitée par Philip José Farmer dans Par delà l’océan (FICTION 207) ? Peu importe. On ne peut par contre faire injure à l’auteur d’ignorer Le portrait ovale de Poe quand il signe La disparition (un écrivain « tombe » dans son écriture). Enfin, si on se réfère à Borges, dont il semble bien que l’ombre gigantesque plane au-dessus de Nadaud, cette comparaison ne peut que lui faire plaisir.

         Écrire sur l’écriture, écrire sur l’écrit, faire peser le poids de l’écrit sur le monde de la fiction, se livrer à des phagocytages en chaîne, voire à des mises en abîmes, tel est le but de Nadaud, que sa matière soit directement fantastique, qu’il procède par allusions, ou encore plonge dans une historicité volontairement désynchronique (par exemple dans Attila, ou naturellement dans son roman précédent, L’envers du temps). On l’a comprit, et on eût aimé qu’il ne se livrât pas aux délices d’une préface explicative, surtout quand elle est ainsi délayée : « Ce livre apparaîtra donc comme le lieu où, sous différents angles, l’écriture s’affronte à elle-même dans le but de se saisir enfin et de connaître ce qui la fonde sans que celle-ci, menacée à chaque instant, ne veuille jamais rien céder du secret qui l’accable, si ce n’est, au terme de chaque texte… » (etc.) Logorrhée ensablée dans le telquelisme, ou humour ? Le héros de La faute trouve, p. 135, son écriture « trop travaillé, d’une certaine préciosité, guindée même… » Peu importe, au fond. Quand il se met à bien posséder son sujet, Nadaud y apporte de la conviction, de l’originalité, de la force.

         Ainsi le vortex de son recueil (il compte 14 nouvelles) me semble constitué par trois textes qui se font suite : « Le biographe » (fausse légende chinoise), « La faute » (espèce d’Aveu ou de Zéro et l’infini revisités) et « Le buisson ardent » (qui pourrait être un épisode de l’Ancien Testament — on ne quitte pas les références). Dans le premier un écrivain doit dresser la biographie d’un empereur sanguinaire, dans le second un scribe officiel d’un régime communiste cryptique voit sa vie menacée par la faute d’un participe passé, dans le troisième un berger entend la voix de Dieu au milieu de ce buisson ardent dont la sève est de l’encre et les feuilles des feuilles de livre. Tous ces textes crient l’urgence d’écrire, la magie du geste, la nécessité vitale du témoignage, ce moment magique située « en ce point infime et délicat où se rencontrent précisément sans se heurter la feuille et le pinceau » (p. 129).

         Une telle obstination (le dernier mot de la dernière nouvelle est : un livre !) finit par porter ses fruits : par delà un agacement de surface devant une préciosité parfois trop extérieure et envahissante, la voix d’Alain Nadaud nous atteint. Elle ne nous est pas indifférente. »
    Jean-Pierre Andrevon
Alain Nadaud, Voyages aux pays des bords du gouffre

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