La fonte des glaces

Moscou, 1937. Qu’est-il donc arrivé à Xavier Thureau, fonctionnaire à l’ambassade de France dans la Russie de Staline ? A-t-il été victime de sa passion clandestine pour la belle Evguénia ? A-t-il été déporté en Sibérie comme espion à la solde des Occidentaux ? A moins qu’il n’eût été un agent double opérant pour le compte des Soviétiques…

Moscou, 1991. A l’heure de la Perestroïka, alors que se vendent clandestinement les archives des services secrets, le petit-fils de Xavier Thureau cherche à exhumer ce disparu de l’Histoire. Voici ce qu’il croit être son autobiographie, un destin en liasses de papier jauni par le temps.

Tchékistes et malfrats, victimes et tortionnaires, plumitifs du parti et martyrs de la liberté, délateurs et rescapés du Goulag, chacun donne ici une version contradictoire des faits. Dans ce paysage noir de chagrin et blanc de neige, tous les pièges sont possibles, toutes les vérités sont des ruses… Alain Nadaud fait à nouveau vaciller l’histoire déjà fort incertaine de ce siècle.

Date

2000

Éditions

Grasset, 336 p.

Type

Roman d’aventures métaphysique

Catégorie

Littérature, histoire

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« Qu’y a-t-il de vrai, qu’y a-t-il de faux ? Peut-être tout est-il vrai ou tout est-il faux, ou bien y a-t-il une moitié de vérité ! (…) Quelle proportion, quel poids de vérité y a-t-il là ? »
Andreï Vychinski, procureur (Sténographie du procès Boukharine, 1937)

En 1989 et 1991, à la faveur du dégel provoqué par la perestroïka de Gorbatchev, un homme se rend à Moscou pour enquêter sur le sort de son grand-père, correspondant de presse au moment de la révolution russe, devenu écrivain et fonctionnaire à l’ambassade de France pendant les années trente, puis disparu sous Staline lors des grandes purges qui précédèrent la guerre.

A cette fin, il passe une petite annonce dans un quotidien et reçoit en retour des lettres de gens qui assurent avoir connu Xavier Thureau. Il est également contacté par un officier de l’ex-KGB, qui se propose, en échange d’une forte somme en dollars, de lui en céder le dossier.
Rapports de police, copies de lettres, articles découpés dans la presse et, surtout, protocoles d’interrogatoire révèlent que Xavier Thureau serait tombé amoureux d’une chanteuse d’origine kirghize, Evguénia Alexandrovna, laquelle n’était autre que la fille du directeur principal de la sécurité d’Etat de l’époque. Eveillant les soupçons des services secrets des deux pays, cette liaison aurait conduit à son arrestation par le N.K.V.D.

Pour convaincre ses juges de le condamner à mort au plus vite, seule façon de mettre un terme aux séances de tortures qui lui étaient infligées, il aurait forcé son talent et se serait inventé une biographie où il s’accuse de crimes et de complots imaginaires : lors de leurs voyages respectifs en U.R.S.S., c’est à son instigation que Gide aurait été amené à calomnier le socialisme et Malraux poussé à la faute… Mais avertie de son arrestation, son épouse, dont il s’était il y a peu séparé, refera depuis la France, et au risque de se retrouver elle-même prise au piège, le voyage à Moscou pour obtenir sa libération. Ne dit-on pas qu’elle aurait été jusqu’à rencontrer Staline à cette occasion ?

Ce roman se présente donc comme la compilation de documents classés par ordre chronologique, hélas contradictoires, et tous plus invérifiables les uns que les autres… Car quelle crédibilité accorder à des témoignages suscités par une petite annonce assortie de la promesse d’une récompense ? Et quelle peut être l’authenticité d’un dossier, soi-disant tiré des archives de la Loubianka ? Passés maîtres dans l’art de la désinformation, les anciens officiers du K.G.B., désormais désoeuvrés, n’auraient-ils pas eu le temps, entre la parution des deux petites annonces, d’en forger les éléments de toutes pièces ?

Virgile s’était heurté de plein fouet au pouvoir politique de son époque, jusqu’à en mourir. D’autres écrivains, à une période plus récente, dans le Moscou des années trente, ont touché le fond de la souffrance et du désespoir, précisément à cause de leur statut d’écrivain. Cet abandon par tous, cette façon d’être rejeté hors de la sphère sociale (Cf. « Lettre du Kurdistan »), ainsi que cet enfermement dans un système totalitaire que j’ai imaginé, comme chez Kafka, propice au développement d’une écriture de type autistique, prend sa source dans plusieurs nouvelles clairement identifiables:

 « Le Journal d’Ivan Viatchevik » (La tache aveugle), « Le Droit à la virgule » et « La Faute » (Voyage au pays des bords du gouffre), sans oublier « Le Ciel à travers la lucarne » (paru dans la Revue Quai Voltaire). Cette dernière m’avait d’ailleurs été inspirée par un refus qui m’avait été opposé un temps, chez Denoël, touchant la publication de Désert physique. Le refus d’un manuscrit provoque un véritable effet de suffocation, vous condamne à une sorte de relégation où vous découvrez que tous les ponts qui vous rattachaient à la vie sont coupés. Soudain, vous vous retrouvez enfermé en vous-même, sans plus savoir comment sortir, comme si l’œuvre avait déjà commencé de pourrir à l’intérieur de vous.

C’est cette impression de réclusion que j’ai voulu restituer dans La Fonte des glaces. Un des derniers voyages d’écrivains, à la mode soviétique, organisé quatre ans après l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir (1989), m’avait fourni le prétexte à écrire ce grand roman russe auquel je rêvais depuis longtemps. La Fonte des glaces, bâti autour d’une intrigue amoureuse à caractère autobiographique, dont certains éléments avaient déjà été esquissés dans Auguste fulminant, met en scène un écrivain pris au piège d’une souricière politique, sociale et quasi métaphysique, à laquelle il n’existe pas d’issue.
 
Être contraint de rédiger son autobiographie fictive, en s’accusant de tous les maux et avec suffisamment de conviction, à seule fin de persuader ses juges de mettre un terme à vos tortures en signant votre arrêt de mort, terrible fonction que celle qui est alors assignée à la littérature ! Le dernier chapitre d’Une aventure sentimentale, où il apparaît qu’une relation trop exclusive à l’écriture développe quelque chose de mortifère, avait déjà amorcé cette hypothèse. Dans La Fonte des glaces, tout le tragique de l’argument relève donc de ce principe : écrire pour se faire mettre à mort.

Alain Nadaud

  • La fiction contre le mensonge

    « En 1993, Alain Nadaud a publié un essai intitulé Malaise dans la littérature. L’écrivain s’y livrait à un exercice qui n’était plus du tout à la mode : l’élaboration d’un discours critique susceptible de penser la crise de notre littérature – et particulièrement celle du roman.

    Crise esthétique, crise historique, crise sociale, crise spirituelle, il dressait, à sa manière qui est carrée, une carte où se lisaient toutes les impasses présentes, toutes les terres arides ou polluées, mais où se dessinaient aussi les chemins à partir desquels la fiction contemporaine pouvait trouver un nouvel élan. (…)

    Faute d’avoir été entendu comme il aurait dû l’être – mais il n’est pas trop tard, et son propos de 1993 n’a pas cessé d’être valide -, Alain Nadaud a poursuivi pour son propre compte sa réflexion sur le statut contemporain de la fiction, sur les liens de l’écrivain avec l’histoire de son époque. La réussite éclatante de La Fonte des glaces doit autant à la fertilité de sa réflexion qu’à ce qu’on nommera, faute de mieux, son talent d’écriture. »
    Pierre Lepape
  • Ce roman chef-d’œuvre d’architecture dramatique et monument d’émotion

    « S’il fallait, en cette rentrée, retenir un seul livre qui articule avec une telle liberté d’approche, une telle vision innovante, ces questions du rapport entre l’écrivain, la politique et la langue (« arme à double tranchant »), c’est assurément vers ce roman chef-d’œuvre d’architecture dramatique et monument d’émotion qu’il faudrait sans hésitation se tourner. »
    Jean-Claude Lebrun
    L’Humanité
  • Entre réel et fictif, historique et littéraire

    « Depuis des années, Alain Nadaud compose avec le matériau historique de vertigineux romans-dossiers et travaille à la frontière entre réel et fictif, historique et littéraire… »
    Alain Nevez
    Télérama
  • La découverte d’un temps historique qui se retourne sur lui-même

    « De l’étrange destin de L’Enéide subtilisée par Auguste avant que Virgile ne la jette au feu, en passant par la découverte d’un temps historique qui se retourne sur lui-même (L’envers du temps), il semble bien que les romans d’Alain Nadaud obéissent à une même interrogation : la réalité historique ne se dissimule-t-elle pas sous des apparences trompeuses ? Ne sommes-nous pas les victimes ou les jouets d’un monde qui, tournant sur soi, alterne les ombres et les lumières, renverse les torts et les raisons de nos approches, et rend vaine toute certitude ?

    Pour variés que soient les sujets abordés, ils se rattachent à cette mise en question des choses et des êtres – ou, d’une manière plus significative, au soupçon que l’auteur entretient à l’égard de ce qui, précisément témoigne de la véracité des faits : par l’écrit, le procès-verbal, la trace inscrite, le dépôt noir sur blanc qui consigne la seule historique saisissable. (…)

    Le roman est très habilement conçu. Nadaud nous a réservé une lecture où les mots effacent les mots. On ne saurait mieux nous conduire dans les impasses et les incertitudes, en nous permettant de tout entendre, de tout lire, de tout pouvoir croire, de ne rien admettre. »
    André Brincourt
    Le Figaro
  • Tout cela n’était qu’une fable sur la littérature

    « Comme souvent chez Nadaud, le roman est sa propre métaphore. Il est l’histoire d’une enquête en même temps qu’il est cette enquête.(…) Plus le livre avance, plus les certitudes se fragilisent. L’enquête régresse jusqu’à la paralysie de l’enquêteur par le doute, à la dissolution totale de la trame de l’histoire. La débâcle de la narration n’épargne qu’une seule voix, qui nous dit : « Tout cela n’était qu’une fable sur la littérature. »
    Daniel Rondeau
    L’Express
  • On le lit de bout en bout

    « À aucun endroit de ce livre ne figure le moindre indice qui attesterait que ces pages sont celles d’un roman. On le lit de bout en bout comme une histoire vécue et ce n’est pas le moindre mérite d’Alain Nadaud. »
    Edmonde Charles-Roux
    La Corse hebdo
  • Un des moments les plus sombres du stalinisme…

    « Ce roman nous plonge dans l’URSS de la fin des années 30, au moment des grands procès et des purges. L’atmosphère de peur qui devait régner à Moscou est très bien rendue. La structure du roman (succession de pièves à conviction accumulée lors d’une enquète menée aujourd’hui) est cependant un peu déroutante, encore plus lorsque le doute apparait sur leur authenticité… On ne sait finalement plus quoi croire… Une lecture intéressante cependant pour tous ceux qui s’intéressent à cette période sombre. »
    Olivier
  • Passionnant et déstabilisant

    « Xavier Thureau, fonctionnaire à l’ambassade de France dans la Russie stalinienne, a disparu en 1937. À la demande de sa grand-mère mourante, son petit-fils enquête cinquante-quatre ans après. Les archives des services secrets se vendent sous le manteau. Le petit-fils de Xavier Thureau tente de rassembler les pièces du puzzle que forment les différents témoignages. Son grand-père a-t-il été victime de son amour pour la belle Evguénia ? A-t-il été déporté comme espion, ou jouait-il le rôle d’agent double à la solde des Soviétiques ?

    Les témoignages des protagonistes, des bandits aux victimes et aux tortionnaires de toutes obédiences se contredisent, comme autant de vérités qui forment l’ouvrage complexe de l’histoire. Un roman de documents, passionnant et déstabilisant. »
  • Un des romans les plus intelligents qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps

    « Aujourd’hui, les romanciers sont seuls. La littérature contemporaine ne relaye plus une école ou un courant. Face aux ruines des avant-gardes, nombre d’écrivains français oscillent entre la nostalgie d’une structure rassurante et d’un esprit de corps, et le désir de parler de soi sans entraves. Cette crise exemplaire d’une exceptionnelle richesse peut perturber le lecteur frileux. Chaque auteur doit être lu en fonction du désir que l’on a à pénétrer dans l’imaginaire d’un créateur et non plus de l’appartenance plus ou moins avouée de celui-ci à tel groupe ou tel mouvement. Même si pour la plupart le temps consacré à la lecture est réduit à la portion congrue, même si la marchandisation du texte inonde les kiosques de best-sellers préfabriqués, il existe encore des romanciers convaincus qu’écrire est poser un acte individuel.

    Alain Nadaud fait partie de cette famille. Auteur depuis une quinzaine d’années de romans et de nouvelles à l’allure de récits d’aventures intellectuelles, il a à plusieurs reprises – soit dans le cadre de numéros spéciaux de revues, soit par le biais de fictions ou d’essais – médité sur la crise que traverse la littérature française ainsi que sur la question de l’invention romanesque et de son rapport à la réalité. En 1993, un essai intitulé Malaise dans la littérature proposait de tracer, après avoir dressé le constat de toutes les apories générées par cette crise, des perspectives à partir desquelles élaborer un nouveau travail romanesque. Nullement découragé par le peu de réactions suscitées par cette interrogation, Nadaud poursuit depuis lors sa réflexion. Dans la quête de l’origine du désir d’écrire, chacun de ses livres marque l’aboutissement d’une étape. Ce fut notamment le cas en 1997 avec le roman Auguste fulminant, très belle allégorie des rapports conflictuels qu’entretiennent hommes politiques et écrivains.

    Pour la rentrée littéraire de cette année, est paru La Fonte des glaces, un des romans les plus intelligents qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps. » Lire la suite…
    RolandIX
La fonte des glaces, Alain Nadaud

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