Ivre de livres

« Un livre, ça n’a l’air de rien, et c’est en effet peu de chose. Ca tient dans la main, on en fait ce qu’on veut, cela ne s’oppose ni ne résiste. On peut même le lancer au loin, par-dessus le mur, ou prendre le parti de le glisser dans sa poche, en attendant.

Et pourtant, tout bien considéré, il n’est en aucune façon réductible à cet objet inerte qu’il donne l’impression d’être. Avec lui, on fera donc un bout de chemin, comme on accompagne un ami au caractère un peu fantasque, avec lequel on peut s’attendre à tout… »

Date

1989

Éditions

Balland, 96 p.

Type

Essai

Catégorie

Littérature

Babelio - Ivre de livres, Alain Nadaud
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La chasse aux livres - Ivre de livres, Alain Nadaud
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La chasse aux livres - Ivre de livres, Alain Nadaud

« Malgré son identité singulière, et même s’il émane de lui une présence qui peut aller jusqu’à lui conférer l’apparence d’une personne, le livre ne s’appartient pas. Il n’a pas en effet le pouvoir de se refuser à qui souhaite en user. Il n’est pour cela nul besoin d’exiger. Il suffit de tendre la main et de s’en emparer. D’une pichenette de l’ongle, comme on pousserait une porte, on pénètre aussitôt, et sans même d’effraction, dans son intimité, dans ce qu’il a de plus secret. Il n’a guère les moyens de se préserver, chacun pouvant y aller et venir à son gré, avec sans-gêne ou désinvolture, quitte à lire de travers, à multiplier les contresens et à à se livrer sans témoin à toute espèce de dégradation. »

« Les livres retracent donc, parfois symboliquement, aussi bien le parcours d’une civilisation que l’histoire de leur propriétaire. Car chaque volume contient en fossile l’être même que nous étions à l’époque où nous l’avons lu, même s’il n’évoque pas, en raccourci, ce que l’on a soi-même vécu. Rien de tel que d’en articuler les titres pour passer en revue sa propre existence passée, puisque chacun a laissé en nous sa marque, encore vivace. (…) Voilà sans doute ce qui nous retient de les jeter : parce qu’ils sont une partie de nous-mêmes, et qu’on ne peut les arracher de soi sans se faire mal aussi un peu, dans les moments de plus grande détresse: là où justement on ne s’appartient plus. (…) A l’inverse, il y en qui ont gardé, comme une pierre blanche et diffuse en eux, la clarté de ce matin d’hiver où on les a acquis. »

« On ne touche pas comme cela à sa bibliothèque, telle est la loi. Je pressens qu’une force immobiliserait aussitôt mon bras s’il me prenait l’envie de saisir certains volumes qu’à la hâte j’aurais pu juger inutiles ou superflus. Feinte impassabilité et défiance des titres qui me toisent du haut des rayonnages: car la bibliothèque est un être vivant. »

Alain Nadaud

Ce petit essai est au départ une commande d’André Balland, qui lançait une collection sur les choses ou les activités pour lesquelles on éprouve une passion particulière. De moi-même, j’ai choisi de faire un texte sur le livre en tant qu’objet, sur sa pérennité en dépit de sa fragilité, sur la façon qu’on a de le traiter ou de se comporter avec lui, de le ranger dans sa bibliothèque, etc.

Cette apologie du livre était, par rapport à L’Iconoclaste, une façon de faire pièce à l’image, d’en tenir à distance les pouvoirs et la fascination. Ces deux derniers ouvrages sont donc les deux extrêmes d’un même balancier – d’un côté, l’image, de l’autre, la lettre – et cela d’autant qu’ils ont été publiés dans le même mois.

Alain Nadaud

  • Voilà un livre pour aimer tous les autres livres

    « En bibliomaniaque, en écrivain (de talent), en amateur qui aurait le vertige des bibliothèques, Alain Nadaud fait le tour du livre. (…) Il marche au pas, prudent comme un ethnographe qui irait décrire une peuplade qu’il connaît bien mais dont les réactions sont imprévisibles. Voilà un livre pour aimer tous les autres livres. »
    Manuel Carcassonne
    Le Figaro
  • Ne manquez pas ce bréviaire d’amour des lettres

    « Ah, que j’aime ce texte, il m’est proche, presque familier, je ressens le même amour fou sinon croissant pour l’imprimé, malgré la quantité de livres que je reçois. J’ai trouvé toute cette ferveur chez Nadaud, qui définit la lecture en tant que « plaisir immédiat ». Si vous avez les mêmes penchants, ne manquez pas ce bréviaire d’amour des lettres. »
    Christine Arnoty
    Le Parisien libéré
  • Ce joli texte nous renvoie comme un miroir l’image de notre propre bibliomanie

    « Avec Ivre de livres, Alain Nadaud viole notre intimité en dévoilant la sienne. Passionné de livres, il effeuille sa marguerite séquence après séquence, et fait tant et si bien que ce joli texte nous renvoie comme un miroir l’image de notre propre bibliomanie. Si, d’un amateur à l’autre, il y a quelques variantes, notre rapport personnel à l’objet-livre, cette relation que nous voudrions rare et exquise, se révèle à l’analyse d’une grande universalité. »
    Agnès Vaquin
    La Quinzaine littéraire
  • Il voyage dans les caractères typographiques comme dans des terra incognita

    « On comprend qu’Alain Nadaud soit ivre de livres, que son appartement en soit bourré, qu’il voyage dans les caractères typographiques comme dans des terra incognita, qu’il contemple les vitrines et les tables des libraires comme un alchimiste la course des planètes. Le lieu de la rédemption est là, fragile dans la graphie d’une lettre, chaque page est une icône incessante et infinie. »
    Jean-Didier Wagneur
    Libération
  • Son Ivre de livres restera

    « Qu’Alain Nadaud se rassure, son Ivre de livres restera dans un coin de la bibliothèque pour le relire « au cas où ». Un soir du « à quoi bon » lire, par exemple ! »
    André Rollin
    Le Canard enchaîné
  • Un tout petit livre qui mériterait d’être découvert ou redécouvert…

    Quel merveilleux titre pour un texte aussi épatant et passionné, bien qu’Alain Nadaud fasse souvent office de « stroumpf grognon », exagérant sa misanthropie…ses défauts, et ceux des autres, concernant leur caractère jaloux et possessif quant à leurs livres et leur bibliothèque…

    Alain Nadaud n’épargne personne ni nous, pauvres lecteurs passionnés et « addicts », ni les libraires ni les bibliothécaires, ayant du mal à se dessaisir des livres qu’ils aiment et préfèrent !

    Un hommage multiple au Livre et à ses « adorateurs », passionnés, exclusifs, partageurs ou non, etc. où nous nous retrouvons tous, à un moment ou à un autre , dans les descriptifs divers et variés de nos multiples manies , quant à nos livres, nos bibliothèques, nos rangements et nos classements !!!

    Un tout petit livre qui mériterait d’être découvert ou redécouvert…, qui n’a pas pris une ride. Je m’en suis défait à regret, mais justement il méritait d’aller « habiter  » d’autres maisons attentives… »

    1ère critique sommaire déposée en 2013- Acquisition en 1989-
    Relecture le 16 juin 2024, et déposé, pour une nouvelle vie, au kiosque des Livres voyageurs, au Square des Poètes… (Paris 16e)

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