Si Dieu existe

« Car c’est mû par un orgueil démesuré qu’Anselme d’Aoste conçut le projet insensé de prouver l’existence de Dieu par les seules ressources de sa raison. »

Au début de l’an Mil, alors que famines et épidémies ravagent le royaume de France, la foi du peuple en son Dieu vacille. Pour la restaurer, Anselme d’Aoste, prieur de l’abbaye du Bec en Normandie, futur saint Anselme, entreprend d’apporter la preuve de l’existence de Dieu. Mais n’est-ce pas là péché d’orgueil, celui-là même qui fit chasser Adam et Ève du Paradis ?

C’est le secrétaire d’Anselme, Clermont, qui nous conte l’itinéraire de cet homme de foi et la controverse qu’il suscita. En choisissant pour narrateur ce jeune homme licencieux et athée, fidèle chroniqueur des complots et trahisons multiples qui entourèrent le geste héroïque de son maître, Alain Nadaud donne à son récit la force d’un témoignage oculaire, hanté par la permanence des questions auxquelles la condition humaine ne saurait échapper.

Date

2007

Éditions

Albin Michel, 252 p.

Type

Roman

Catégorie

Littérature, théologie, histoire

Babelio - Si Dieu existe, Alain Nadaud
Albin Michel - Si Dieu existe, Alain Nadaud
Google Livres - Si Dieu existe, Alain Nadaud
Amazon - Si Dieu existe, Alain Nadaud
Fnac - Si Dieu existe, Alain Nadaud
La chasse aux livres - Si Dieu existe, Alain Nadaud
Babelio - Si Dieu existe, Alain Nadaud
Albin Michel - Si Dieu existe, Alain Nadaud
Google Livres - Si Dieu existe, Alain Nadaud
Amazon - Si Dieu existe, Alain Nadaud
Fnac - Si Dieu existe, Alain Nadaud
La chasse aux livres - Si Dieu existe, Alain Nadaud

Dans l’angoisse de la fin du monde qui assombrit les débuts de l’an Mil, période ponctuée de famines, d’épidémies et de bouleversements astronomiques, Anselme décide, sans plus faire aucune référence aux textes sacrés, d’élaborer un argument unique, dont la logique sera telle qu’il emportera l’adhésion de quiconque s’en remet à sa seule intelligence. Péché d’orgueil s’il en est, identique à celui qui fit chasser Adam du Paradis ; et, selon les moines Cadule et Doremer, véritable entreprise satanique, justement annonciatrice du Jugement dernier.

C’est Clermont, le secrétaire d’Anselme, qui, après le récit de sa jeunesse et de la fondation de l’abbaye du Bec, nous relate les hésitations de celui-ci, ses découragements, les complots qui se trament pour l’empêcher de parvenir à mettre au point sa preuve. Il y mêle la description de ses propres tourments, dus à son impiété cachée, de ses intempérances, de la tension que provoque en lui cet effort intellectuel dont il ne se libère que par la passion qu’il éprouve pour la jeune Marie, paysanne pauvre des environs, laide de visage, et sublime de corps. Jusqu’à ce que Anselme le renie et finisse par lui préférer Eadmer, son biographe officiel, lequel lui tendra un piège qui le fera chasser de l’abbaye.

L'abbaye du Bec en Normandie

La mise au point de cette preuve, comme arme contre la peur irrationnelle de la fin du monde, fait partie de ces moments privilégiés, où les hommes sortent des limites de leur esprit pour tenter d’accéder à l’impensable. Jusqu’à présent, les textes de la Révélation avaient fait écran à la raison : Dieu parlait aux hommes, soit par signes, soit par prophètes interposés. Sa parole était donc la « raison suffisante » de son existence. Jamais jusqu’à Anselme on n’avait essayé de construire un raisonnement qui, de cette existence, puisse faire une démonstration quasi mathématique. Pourtant, le présupposé était simple : Dieu nous ayant créés à son image, nous détenons une partie, même infime, de son intelligence ; dès lors, pourquoi cette intelligence ne peut-elle remonter à sa source ? Qu’est-ce qui nous empêche d’ « avoir l’intelligence » de Dieu ?

Une telle preuve peut être considérée comme le fondement de notre modernité – ce qui fascinera Descartes, Leibniz, Hegel et Kant – lequel lui donnera le nom d’argument ontologique. Si Dieu peut être prouvé, plus aucun phénomène naturel n’a de chance de rester inexpliqué. De l’échec de cet argument doit-on conclure à la faillite de notre intelligence ou, au contraire, à la pure et simple inexistence de Dieu ? Telle est la question posée, à nous qui venons de franchir un autre millénaire, marqué par la confrontation violente avec des intégrismes bardés de certitudes, pour qui le recours à la raison est le dernier des soucis.

Rien de systématique dans ces interrogations, ni non plus d’encyclopédique. La restitution exacte, fantaisiste ou désinvolte, de ces moments s’est mise en place sans que je l’aie préméditée. On sera surpris d’apprendre que mes romans sont avant tout les métaphores d’une recherche personnelle, comme autant d’étapes d’une quête autobiographique déguisée. Plutôt que de me livrer à l’introspection, j’ai préféré faire le détour par la fiction pour répondre à certaines questions sur la mort, le rapport à l’image et au double, la postérité, l’écriture surtout : d’où vient, par exemple, que je suis astreint à cette pratique qui me dépasse ?

Il n’en reste pas moins que, dans l’histoire de l’humanité, il s’est passé des choses insolites, déroutantes, énigmatiques, qui sont de vraies fictions. C’est ainsi que j’ai construit mes romans sur les décombres de la théologie, en arpentant les terrains vagues de l’histoire et de la philosophie, en fouillant de la pointe de mon stylo dans la décharge aux concepts. De par sa singularité, et sans rien céder sur le fond de l’argumentation, cette tentative de prouver l’existence de Dieu ne méritait-elle pas un roman ? Pourquoi la littérature se priverait-elle d’explorer pareils sujets ? Son objectif n’est pas tant de dire le vrai que de jouer à fond la carte de la fiction. En un mot, la littérature se doit d’intriguer – c’est-à-dire à la fois d’étonner et de « nouer des intrigues ».

Alain Nadaud devant l'abbaye du Bec en Normandie

Alain Nadaud

« Ici commence l’ouvrage où je dirai les faits et les gestes d’Anselme d’Aoste, homme plein de bontés mais à l’esprit dévoré de chimères, qui, peu après l’an mil de l’Incarnation de Notre Seigneur, chercha à s’affranchir des dogmes de la foi et, mû par un orgueil démesuré, conçut le projet insensé de prouver l’existence de Dieu par les seules ressources de sa raison. »

Ainsi commence le récit de Clermont, secrétaire d’Anselme, qui, après la jeunesse de son maître, nous raconte ses hésitations, ses découragements, les complots qui se trament pour empêcher celui-ci de parvenir à mettre au point sa preuve. Il y mêle la description de ses propres tourments, dus à son impiété cachée, et de son amour pour la jeune Marie, paysanne pauvre des environs, laide de visage, sublime de corps.

Récusée par l’historiographie officielle, cette Vie d’Anselme reste irremplaçable. Des moines de l’abbaye du Bec en Normandie, elle nous fait revivre les terreurs, les rivalités, leur confiance en la raison, la défaite aussi. Surtout, elle nous rend accessible cette fameuse preuve de l’existence de Dieu qui, durant des siècles, mettra l’esprit critique des philosophes à l’épreuve.

Cet argument par son audace annonce notre modernité. Il nous apparaît comme un diamant, qui resplendit de tous ses feux, illusoires et trompeurs, sur le fond des ténèbres d’une époque qui, par certains aspects, rappelle étrangement la nôtre.

Alain Nadaud

  • Un étrange vertige

    Si Dieu existe d’Alain Nadaud renoue avec les romans de sa première période, jouant sur la logique, la philosophie et le rationalisme théologique (…). On retrouve donc autour de saint Anselme, personnage principal du roman, le goût du romancier pour les objets intellectuels qu’il sait traiter comme des personnages de fiction dont les aventures créent, chez le lecteur, un étrange vertige. »
    Jean-Maurice de Montrémy
    Livres Hebdo
  • Dévoiler la face de Dieu ?

    “Saint Anselme est célèbre dans l’histoire de la pensée pour avoir entrepris le premier de prouver, par une démonstration purement logique, l’existence de Dieu.

    Alain Nadaud imagine que son secrétaire, Clermont de Chartrette, un jeune oblat incroyant qui mise sur le succès de son maître pour enfin trouver la foi, relate sans complaisance cette aventure qui sent le soufre.

    Le moine ne prétend-il pas s’affranchir de la révélation des saintes écritures afin de parvenir, à l’aide de sa seule raison, à dévoiler la face de Dieu ? Les tribulations intérieures du narrateur et son souci pédagogique entraînent le lecteur dans un univers où les aspirations les plus éthérées côtoient les motivations les moins avouables. »
    A. L.
    Le Figaro
  • Dans le sillage du Nom de la rose

    “Foi et connaissance, mystère divin et faiblesses humaines : le roman érudit de Nadaud se place dans le sillage du Nom de la rose, avec la même entêtante odeur de soufre. »
    Marie Chaudrey
    La Vie
  • Une captivante dimension romanesque

    “Un univers se met en place, avec cette tangibilité et cette force d’évidence qui marquent chacun des livres d’Alain Nadaud. Non pas des textes désincarnés, mais des récits en lesquels des êtres de chair et de sang manient la spéculation et l’abstraction. L’éprouvent sur eux-mêmes. Mus autant par des idées que par des sentiments, des sensations, des désirs et des pulsions. La querelle théologique s’enracine ici dans l’épaisseur de la vie, prenant du même coup une captivante dimension romanesque. »
    Jean-Claude Lebrun
    L’Humanité
  • En se cultivant autant qu’en se divertissant

    “Alain Nadaud imagine, dans un texte étonnant qui tient autant du roman historique que du polar chrétien, les aventures, les affres et les questionnements du zélé penseur (…). Théologiens rigides s’abstenir. Reste que l’on dévore cette biographie romanesque en se cultivant autant qu’en se divertissant. »
    Xavier Houssin
    Le Pèlerin
  • Réussit un pari audacieux

    « Alain Nadaud, une fois encore, réussit un pari audacieux : fusionner le romanesque et l’intelligence. Puiser dans les hypothèses les plus novatrices la matière d’un récit sans en éloigner le lecteur. »
    Pierre Maury
    Le Soir de Bruxelles
  • Captivants

    “Si le début du roman est un peu long, la description de sa quête, l’élaboration de l’argument ontologique, sa réfutation et les enjeux de pouvoir sont captivants. L’échec de l’argument signifie-t-il la faillite de notre intelligence ? Ou, comme le suggère Clermont de Chartrette, la simple inexistence de Dieu ? »
    R. C.
    Les Echos
  • Le vacillement de nos certitudes

    “Alain Nadaud écrit ses livres sur le vacillement de nos certitudes. Depuis Archéologie du zéro, il traque l’excentrique, déshabille les vérités et les soumet à l’épreuve de la fiction (…) Très réussi, ce roman convaincra en toute logique ses lecteurs. »
    J.-D. Wagneur
    Libération
  • Tout simplement remarquable !

    “Alain Nadaud est un auteur injustement ignoré. Nous en avions déjà beaucoup aimé Le passage du col, recommandé par Cetalir. Il faut dire que les thèmes sélectionnés par l’auteur sont un peu austères mais la puissance de l’imaginaire et la qualité extraordinaire de l’écriture méritent que l’on lise avec la plus grande attention un des meilleurs littérateurs français contemporains de mon point de vue !

    Si Dieu existe est un livre exigeant, parfois à la limite de l’érudition même si l’auteur a pris bien garde d’articuler les concepts théologiques dont il sera ici question de façon lisible et romanesque, le plus intelligiblement possible. Il n’en reste pas moins que la lecture réclame une certaine attention, largement compensée par le plaisir que procure la belle écriture, dans un style que n’aurait sans doute pas décrié Mme Yourcenar qui se fit une spécialité des romans des temps anciens.

    Ici, nous sommes en plein XIème siècle dans une France catholique qui étend encore pour peu de temps son pouvoir jusqu’en Angleterre, placée sous son contrôle. L’auteur se place dès le départ sous les traits et le point de vue de Clermont de Chartrette, longtemps oblat avant que d’être ordonné, homme n’ayant jamais cru en Dieu mais qui se trouva, pendant des années, être le secrétaire particulier d’Anselme d’Aoste.

    Ce dernier eut un père Seigneur aux mœurs brutales, riche qui voulut faire d’Anselme un homme de guerre avant que de devoir céder à son désir d’entrer au séminaire. Anselme, brillant esprit, théologien pointu, logicien d’exception devint rapidement Supérieur de l’Abbaye du Bec, puissante à l’époque, avant que d’être envoyé en Angleterre où il devint Archevêque de Canterbury et finit Pape avant que d’être béatifié.

    Cet homme, Clermont l’a bien connu ayant vécu à ses côtés une dizaine d’années et ayant été celui qui recueillit puis organisa sa pensée qui visait par un raisonnement un brin alambiqué et spécieux (du moins apparaît-il comme tel mille ans plus tard) à démontrer de façon irréfutable l’Existence de Dieu.

    Malgré les cabales et l’acharnement des sophistes, tous religieux par intérêt plus que par conviction et menant une vie souvent déréglée comme il nous l’est conté en détails, personne ne parvint à prendre en défaut le raisonnement d’Anselme ce qui lui valut prestige et ascension fulgurante. Or, c’est bien la dualité de la pensée éthérée exprimée dans le secret et la réclusion physique d’un homme tout entier consacré à sa foi, ayant tiré un trait sur une jeunesse de dépravations qui lui aurait valu la prison de nos jours, et celle d’un monde extérieur fait de dangers qui fascine dans ce très beau roman.

    Plus la pensée s’élève, plus les luttes s’organisent, plus la débauche se développe dans cette abbaye qui aurait besoin d’un homme à poigne. La vie y est précaire, la survie tout aussi d’autant que les tentations charnelles sont légion tout autour.

    Clermont de Chartrette finira par perdre la confiance d’Anselme après que les tablettes où étaient recélés les précieux écrits aient été plusieurs dérobées et détruites et que l’inconduite de Clermont, tourmentée par une jeune femme au corps divin mais au visage satanique, qu’il honorait avec passion finit par devenir une gêne à l’ascension politique d’Anselme.

    C’est donc tout autant un roman profondément humain sur la passion, l’intelligence, les luttes de pouvoir que religieux qui nous est donné. Un roman sur un des hommes majeurs du XIème siècle vu, de façon humaine et partiale, par celui qui fut son confident avant que devenir sa victime ; L’auteur parvient même à rendre relativement intelligible le cheminement de la pensée de cet érudit politique d’un siècle qui avait cru, lui aussi, en la fin du monde par la venue des armées de Satan.

    Tout simplement remarquable ! »
    Cetalir
Alain Nadaud devant l'abbaye du Bec en Normandie

Continuer le voyage…